La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de voir trois films, fort différents : Le Choix de Luna, Tron et Black Swan. Le premier, peut être moins connu, est un film bosniaque-croate-autrichien-allemand qui n’a pas bénéficié de la campagne marketing écrasante de Tron ou de l’aura du réalisateur de Black Smurf, Darren Aronofsky. Sorti dans ce bon vieux Utopia, un petit ciné d’art et d’essai Toulousain pour ceux qui ne connaissent pas, il narre la rupture d’un couple bosniaque, elle hôtesse de l’air, lui contrôleur aérien se faisant happer par une secte wahhabite (que nous appellerons plus loin “les barbus”) pratiquant un islam “vigoureux”.
C’est grâce à ce film qu’un pan de ma naïveté naturelle s’est encore effondrée, celle qui me fait voir des cybercafés partout, même à Lanta. En effet, le personnel de l’Utopia, étiquetté “Gentils Gens de Gauche” ou gcube, passant leur temps à vitupérer à l’encontre de la société, des films 3D et du capitalisme, éditent une gazette où ils présentent et “critiquent” leurs films. Or j’avais déjà été surpris de leur présentation de l’Américain avec George Clooney, selon eux méritant l’oscar peu ou prou, alors qu’il s’agissait d’une énième variation sur “le tueur fatigué qui veut se retirer mais fait un dernier contrat”, avec son prêtre bedonnant jouant la bonne conscience et la putain au grand cœur vus et revus cent fois, le film n’ayant au final pour lui que le regard de sa tueuse et les paysages envoûtant des Abruzzes italiennes, mais avec le Choix de Luna c’est à présent clair : la gazette et ses avis ont autant de valeur critique qu’une revue de presse, voir le magazine que canal+ offre à ses abonnées, où le moindre navet est érigé en joyau oublié, où les films “inédits au cinéma” sont présentés comme des chefs d’oeuvres méconnus alors qu’il s’agit vraisemblablement de sombres daubes dont aucun distributeur n’a voulue… Dans l’article sur Luna donc, ils vantaient la vision subtile de l’opposition entre Islam et notre société, la peinture toute en nuance des deux, blah, blah, blah… Balivernes grosses comme des baleines ! En gros, dans le film, notre société c’est des jeunes qui boivent / fument / dansent sans la moindre spiritualité ou d’ aspiration à la transcendance, tandis que nos gentils barbus font des chansons sympathiques (et très belles au passage !) autour d’un feu de camp, pensent beaucoup à la valeur de leur vie sur Terre (enfin, avec une seule réponse généralement : Dieu), malheureusement ils traitent les femmes comme du bétail, sont polygames, et se marient avec des enfants (vous me direz comme le prophète lui-même le fit…). Voilà la “peinture subtile” de l’islam, et le pauvre type, fraîchement reconverti, devient ultra-scrupuleux après avoir été musulman façon bosniaque (où parait-il ils fêtent l’Aïd avec de l’alcool et où la virginité maritale n’est pas un souci, bref une façon personnelle et originale de s’accommoder des idoles) jusqu’à la caricature. Enfin. Néanmoins ça donne envie d’aller en Bosnie Herzégovine ce film, une terre rencontre entre l’Europe et le Moyen-Orient, malheureusement trop souvent abreuvé du sang de ses habitants.
Pour en revenir à Black Nibbler, ce film est vraiment pas mal, Portman portant le film de tout son talent d’actrice, un simple regard sur son visage permettant de sentir le malaise qui plane tout au long du film, laissant sa beauté au second plan (en laissant celle, vénéneuse, de Mila Kunis envahir l’écran). Kassovitz en chorégraphe pour le coup subtil lui, entre salaud et simple prof très (trop ?) exigeant, ne basculant jamais dans le “méchant” primaire. Et puis la mère, et l’appartement, véritable cas freudien (même un peu trop pourrait-on dire) mis en pratique. Une critique, du Figaro je crois, a résumé ce film comme tournant autour de “l’angoisse de la pénétration”, pénétration qui se fera finalement mais pas comme on l’imagine (et le sang virginal venant maculé le vêtement blanc…). Aronofski conserve ses palmes d’auteur culte, après un Wrestler sympa mais moins barré que d’habitude, mon préféré restant néanmoins The Fountain, histoire d’amour cosmique toujours mis en musique par Clint Mansell, et qui abouti à son paroxysme hystérique sur une piste culte, “Death is the road to awe”, très très belle et beau film (scène de la salle du trône notamment).
Et enfin Tron, Tron, Tron, Tron. 4 fois, comme autant fois où je l’ai vu jusqu’à l’overdose, comme sous l’effet d’une transe, les images rémanentes comme autant de chocs obscurcissant mon esprit. Film culte, ode à la nostalgie de celui de 82, geekerie amusée et amusante, bénéficiant de la meilleur bande originale depuis bien longtemps (Conan, Poledouris, 84), classique mêlé à de l’électro minimaliste, orchestrée par les français de Daft Punk, fan du premier eux aussi, pour un “legacy” que je regarderais même en fermant les yeux – c’est d’ailleurs pour la musique que je m’y suis retrouvé autant de fois. C’est un réalisateur issu de la pub qui s’attelle à cette suite, les images sont léchées et alléchantes, l’univers, graphiquement, est unique : fond noir pour néons bleus ou verts, ce film réinvente une grammaire visuelle complète, avec ces règles, son vocabulaire pour une esthétique rare. Il faut dire que quelque soit l’habilité du réalisateur, celui-ci est toujours limité par ce qu’il filme : le monde réel, sauf escapade dans l’irréel (Star Wars par exemple). Et bien ici, on dynamite tout, sur une musique d’enfer, et avec un traitement du son qui fera date. En effet, que ce soit dans la salle des jeux, ou lorsque le premier recognizer vient chercher le héros, les effets sonores sont bluffants. Dans la salle, on alterne sons étouffés et bruits rétros, le tout sur deux titres tout droit sortis des années 80 : Separate Ways de Journey et Sweet dreams (dreams are made of this) de Eurythmics, qui à chacune de séances, déclenche un petit rire de mes voisins : nostalgie ? tronstalgie ? Puis dans la scène du Recognizer, c’est simple, la salle… vibre, comme si nous étions soufflés par l’air en mouvement (ps : ma critique se base sur des salles IMAX 3D, la puissance en watt étant assez hallucinante, voir même dangereuse pour nos petites oreilles). Après, après, il est vrai que Tron, pèche un peu au niveau de la logique interne de son monde (du sang ? une turbine qui s’arrête par manque… d’air ?), que les divers renvois prête à sourire (Marv et Quorra sont tous deux des “rescapés”, la lumière de l’hélicoptère et celle du Recognizer) mais il reste un film maîtrisé et divertissant, qui essaye un peu d’insuffler de la vie dans ses personnages (les petits rires caractéristiques de Quorra, la performance démentielle du “Ziggy Stardust” blanc Castor, Flynn père en lebowsky zen) et dans leurs relations (tout se base sur les regards : regard d’innocence ingénue puis de gêne de Quorra dans la scène du repas, évasifs ou menaçant de Jem, véritable poupée de porcelaine, ou encore regard d’évaluation de la première envers Flynn fils). Les financiers semblent y avoir trouvé leur compte aussi, trois autres épisodes seraient prévus, histoire d’user jusqu’à la corde un univers qui n’en demandait pas tant.
Et voilà pour le cinéma ! Éteins le magneto Serge !
Juste pour dire que j’ai vu le film “L’Américain” de Georges Clooney dont tu fais mention, et c’est effectivement un des films les plus nuls que j’ai jamais vu. Vraiment ultra-nul, aucun scénario, un film vraiment compètement stupide.
[attention ! révélation sur l'intrigue de l'Américain]
Ah ! Heureux que tu partages mon appréciation ! Pour moi, s’il n’y avait pas eu cette image finale de la tueuse, son beau visage immobile taché de son sang, et les paysages de montagne, j’aurais totalement perdu mon temps.