Malheur m’en a pris, j’ai décidé d’acheter un jeu Bethesda Softworks ! Les auteurs des jeux de la série médiéval-fantastique “The Elder Scrolls”, que sont Arena, Daguerfall, Battlespire, Red Guard, Morrowind, Oblivion et bientôt Skyrim, ont obtenu dans leurs mains démoniaques et malhabiles la licence très convoitée de la série Fallout. Cette série de jeux de rôle a pour cadre un monde d’apocalypse, où suite à une guerre menée à grand renfort de missiles nucléaires, l’humanité tente de survivre au milieu des cités en ruines et des déserts arides, hantés par d’horribles mutants et autres zombies radioactifs. Ce cadre “rafraîchissant” vient avec bonheur changer des sempiternelles caves et grottes remplis d’elfes fragiles, d’orcs bagarreurs et de nains farouches qui pulluent aussi bien dans le bon (la série des Baldur’s Gate) que le moins bon (innombrables). Au delà d’un simple changement, les Fallouts ont toujours su délivré une véritable ambiance, un mélange savant des années 50s, comme le montre le design surannée des robots ou les musiques d’époque que l’on peut entendre, de western revenu à la sauvagerie et aux dangers de la conquête de l’ouest, et de dystopie sur fond de guerre mondiale, d’expériences ratées et monstrueuses. Le premier jeu de la série, tout simplement nommé Fallout, souffrait de quelques petits bugs, mais recueilli les ovations de la critique et des joueurs, instituant une véritable franchise dans le monde du jeu vidéo. On peut d’ailleurs remonter cette génèse à Wasteland, un jeu encore plus ancien, qui traitait déjà du même style d’univers. Malheureusement, ni sa suite, Fallout 2, tout aussi bonne et dépourvue de bugs, elle, ni les dérivés commerciaux plus ou moins réussis (Fallout Tactics sur PC, Brotherhood of Steel sur consoles) s’écartant du genre du jeu de rôle ne purent protéger l’éditeur et possédant des droits, Interplay, d’être au bord de la faillite et de devoir pour s’en sortir, revendre sa plus belle licence à Bethesda et licencier les créateurs des originaux.
La licence (et donc le droit de faire des jeux dessus) passe donc ainsi à Bethesda, société propriété de Zenimax media qui a récemment acheté id (les créateurs de Doom, Quake, et bientôt Rage), avec laquelle j’avais déjà eu affaire – en mal. En effet, je n’avais jamais pu jouer à Morrowind de façon continue et stable, le jeu prenant la frustrante liberté de crasher brutalement, me laissant béant sur le bureau de Windows, comme un chat devant une porte d’entrée fermée. Heureusement, je l’avais eu pour pas cher dans un magazine de jeu vidéo, alors qu’un ami à moi, l’ayant acheté au prix fort, avait la chance de contempler un superbe écran noir après avoir passé la phase de création de son personnage. Bref, un jeu dont les bugs le rendaient à peu près injouable, ce qui ne l’a pas empêché de devenir une référence de par son monde libre et ouvert, où l’on pouvait se promener pendant des heures sur une immense étendue de jeu. Oblivion remporta un succès encore plus grand, je ne m’y étais pas intéressé, tellement l’expérience de Morrowind m’avait échaudé. Mais revenons à Fallout : mon frère ayant la Xbox 360, j’eus la chance de jouer à Fallout 3, le premier des Fallout développé par Bethesda. Sur console, aucun problème, aucun bug, un joie sans fin de parcourir, au son d’une radio diffusant quelques vieux tubes des années 50, les espaces désertiques où s’érigeaient encore des tronçons d’autoroutes éventrés, de poussiéreux motels peu fréquentables, et les décombres de Washington D.C., avec son métro rempli de créatures ignobles, ces tours ruinées, et son porte-avion échoué. Un grand moment vidéoludique, activité certes limitée mais néanmoins procuratrice de quelques jouissances agréables, et cela sans l’ombre d’un vilain bug pour ternir le tableau.
Mais voilà, le mieux est l’ennemi du bien, et j’ai décidé, dans un moment de folie oublieuse, de racheter Fallout 3 pour y jouer sur mon ordinateur. Et l’enfer commença. Tout d’abord à l’installation, il me déclare qu’il ne peut tout simplement pas s’installer, à cause d’une “erreur de transfert de fonctionnalité” ou je ne sais quoi et le processus s’arrête. Un nettoyage délicat du DVD avec un doux chiffon plus tard, le jeu s’installe, se lance, je peux y jouer une demi-heure. Le lendemain, je veux installer le deuxième disque, contenant du contenu additionnel. Pareil, impossible de l’installer, cette fois-ci c’est une “erreur de redondance cyclique”, message familier des utilisateurs de disquettes (des reliques… aussi bien l’objet que leurs utilisateurs) signifiant que le contenu est endommagé, et donc illisible. Jamais je n’avais vu cela pour un DVD ! Déjà m’a journée n’est pas perdu, satisfaction minime bien amère, mais apprentissage quand même. Un autre nettoyage plus tard, l’installation est faite et je lance le jeu. Au bout de deux minutes, il plante lamentablement : l’image se fige, le son continu, ironique musique qui me rappelle à quel point un jeu mal fini et mal testé peut être frustrant et énervant. Je relance pour en être sûr et nul doute n’est bientôt possible : Bethesda a encore pondu un chef-d’oeuvre, et il ferait bien de se mettre à la couture plutôt que d’oser sortir “ça” sur PC. Une recherche sur Google plus tard (où bizzarement “Fallout 3 crash” m’est proposé comme recherche après quelques touches tapées), quelques modifications et un autre test ensuite, je désintalle ce magnifique produit et recommence l’installation dont les problèmes n’étaient finalement qu’un sombre signe annonciateur. En dix minutes seulement, j’ai eu plus de bugs qu’en sept mois avec une dizaine de jeux différents… ils sont très fort chez Bethesda, rien à dire là-dessus, leurs jeux sont véritablement exceptionnels ! La réinstallation finie, je relance : je crois à l’impossible (la première utilisation m’avait au moins permis de “naître” dans le jeu et d’y jouer un peu), et bien sûr, un autre bug vient mettre un terme à mes espoirs fous, au bout de cinq minutes à peine : celui qu’ayant payé légalement un jeu, il marche sur ma machine. Rien n’y fera, ni les inombrables sites de joueurs criant leur désespoir au milieu de chaudes larmes et donnant quelques indications, au pire hasardeuses, au mieux ne me concernant pas, ni le support officiel anémique du développeur, où ces mêmes utilisateurs sont laissés à leurs propres soins pour leur salut, sans aucunes interventions d’un “responsable” technique ou clientèle dans le débat.
Et voilà ! Une heure de perdue, quelques euros – heureusement il était d’occasion – et un jeu qui finit à la poubelle ! Ces DVD me serviront d’élégants sous-boc à neuf euros pièce, j’ai le goût amer de la galère de l’ordinateur dans la bouche, avec ses nuances subtiles de frustration, de colère et de tristesse de ne pas pouvoir jouer à ce si bon jeu qu’il devrait être. Et finalement, je me fais la promesse de ne plus jamais acheter un jeu Bethesda sur PC, support manifestement au dessus de leur degré de compétence pour laquelle, hélas, ils ont l’audace de revendiquer un quelconque paiement.
Vade retro !