Erreurs de jeunesse
Plus jeune, je pensais que si erreur il y avait, elle ne pouvait venir que de moi. Ainsi, lorsque mon père travaillant dans le jardin, me demandait de trouver un outil dans son garage, et que je ne pouvais mettre la main dessus, j’en étais mortifié à l’extrême, et peut être même, dans une sorte d’attirance vers le pire, je faisais en sorte de ne pas le trouver, en limitant moi-même mes capacités de recherche. Généralement mon père me gratifiait d’une remarque qui me faisait bien sentir mon échec, et peut être est-ce à cause de cela, qu’à partir d’un moment je ne mettais plus les pieds dehors, craignant de voir surgir à n’importe quel moment une de ces requêtes frustrantes, qui allait encore me rabaisser et me montrer encore ma nullité (on pourrait essayer de faire un lien avec l’analyse transactionnelle et le fameux : I’m not OK/You’re OK, mais ce sera l’occasion d’un prochain billet peut être). Je voyais donc mon père, et son appréciation, comme le mètre étalon de ma propre vie, chose à la fois rassurante : l’idée d’un référent capable de nous “noter”, et donc de nous délivrer une appréciation de nous-même, et finalement très aliénante (et cette appréciation de nous-même, Rilke disait qu’il fallait la trouver en nous même seulement… dur, dur de ne pas sombrer entre l’arrogance et la l’auto-flagellation !).
Origine et enfermement dans la logique de l’échec
Mais, avec le temps, et heureusement depuis, je profite à nouveau de la douceur du jardin, lisant au vent à l’ombre des forêts, le recul s’installe et m’a permis de mieux analyser cette époque. Il est clair que mon père, connaissant parfaitement son garage, ne faisait pas assez d’effort pour vulgariser son savoir et de me permettre de retrouver, dans ce fouillis incroyable, le petit objet qu’il me demandait. Sans compter que mon manque d’implication dans son bricolage me faisait voir l’ensemble comme un domaine tout à fait étranger, où je ne pouvais bénéficier d’une connaissance personnelle de celui-ci pour pallier le vague de ses directions. A cela s’ajoute bien sûr, la logique de l’échec. En effet, confronté à plusieurs échecs d’affilé, sans analyse de ceux-ci, on peut s’enfermer dans une volonté perverse de ne pas vouloir réussir, et j’en étais sûrement victime, une sorte de pensée me limitant, que l’on peut résumer par le fameux “je n’y arriverai jamais”.
L’autre, son tort, mon acceptation
Au final, ce que je retire de primordial là-dedans, et la notion que je n’étais pas le seul en tort, et peut être même n’étais je pas du tout en tort, mais ce qui était sûr, c’est que l’autre intervenant aussi avait tort, sa responsabilité dans l’échec de la communication. Et cette prise en considération, cette révélation, m’a ouvert deux voies : l’une, les gens font des erreurs qui peuvent me toucher et que le premier pas consiste à les détecter, et l’autre, c’est ma capacité à répondre à celles-ci, en acceptant l’erreur de l’autre ou en essayant de la dépasser. La première voie offre le statut confortable de victime marqué du sceau confortable de l’acceptation, intranquille puisque l’on peut souffrir, mais tranquille aussi car elle permet de ne pas avoir à se révolter : en ne considérant que l’erreur de l’autre, on oublie alors que c’est un échec commun, dont on se lave la conscience en s’enfermant dans la victimisation. Cette prise de conscience, cette détection que parfois mon environnement peut avoir tort et moi raison, et ma réponse, personnelle, qui est celle de victime consentante ou bien de rébellion, par un manque d’intelligence dont je ne finis pas de frémir, j’en attribue l’aspect tardif à une douloureuse absence de sens critique et peut être même à une inclination à trop vouloir ne pas aller dans le sens contraire de la volonté de l’Autre. Et puis surtout, une indécrottable naïveté m’est chevillé au corps, une fois passé la méfiance de l’inconnu, je signe des chèques en blanc à ceux qui m’entourent. Il faut dire que lorsque l’un de mes amis me dit qu’il comptait ouvrir un cybercafé dans son bled paumé au plus profond de la campagne lauragaise, j’acceptais cette information comme argent comptant suscitant un rire qui dure encore.
Réveil critique
Peut être était-ce un rêve personnel qu’il venait remplir (rêve curieux tout de même), ou bien est-ce qu’il venait apporter une réponse glorieuse à un souhait profond de mon âme, un peu comme certains vous vendent de la poudre de perlinpinpin pour vous garantir la jeunesse éternelle, qui voulait que mon esprit soit à ce point endormi pour accepter un tel canular. Mais en y réfléchissant, je n’ai pas développé de sens critique au cours de ma formation scolaire jusqu’à ma première année d’Humanités, car outre donc, la naïveté première qui est mienne, l’environnement de l’ingénierie et des sciences dures, ne connaissent que la binarité de deux états : prouvé ou non prouvé. Si c’est prouvé, alors c’est vrai, du moins dans mon référentiel, peu m’importe ce que diront les savants du futur, et si cela ne l’est pas, et bien soit je cherche à le faire, soit je ne me base pas dessus. Il n’y a pas de véritable sens critique, de même lorsqu’il faut faire des choix : nous disposons généralement d’indice, d’évaluation, d’avis d’experts, et le meilleur choix repose dessus. Car le sens critique consiste à remettre en cause quel que chose présenté comme vrai, performant ou même “d’expertise”, bref à aller contre la volonté de ceux qui tiennent cela pour vrai. C’est quelque part une action violente, car elle remet en cause, elle attaque les certitudes, alors bien sûr, cela peut se faire très pacifiquement, mais c’est une action d’énergie, tout le contraire de l’acceptation passive qui n’est qu’abandon. Pour en revenir à ma petite personne (je sais, je sais, tout cela est bien personnel, mais si je l’expose ici, c’est pour essayer d’en tirer des choses plus générales, malgré ma haine de la généralisation abusive et la petitesse de mes compétences sur ces sujets), à vrai dire, je m’autoflagelle un peu, car il y a bien longtemps que je n’accorde à la publicité qu’un minimum de mon attention, tant sa parole est mensongère, mais me simplifiant la vie, je m’écartais des choses que je considérais comme fausse, au lieu de m’interroger sur comment évaluer la fausseté – ou la vérité – d’une chose, comme un discours ou un livre. Et là est le réveil critique qui s’est opéré, au milieu des désillusions de ma vie personnelle.
Paint it black
Malheureusement, ces désillusions et ce sens critique naissant peuvent amener à un premier côté obscur : celui de ne plus croire en rien, celui de refuter en bloc le monde, de le condamner pour ces multiples erreurs et abérations, dans son absuridité totale. Ce n’est finalement qu’en étant à même de percevoir la noirceur, l’injustice, le mensonge et le tragique des choses que l’on peut commencer à s’interroger sur la condition humaine, sur son existence. Tant que l’on vit dans un monde rose bonbon fushia, ou bien sur les pics de l’imaginaire que sont les jeux vidéo et autres hobbies nous entraînant vivre d’artificielles aventures pleines d’émotions bien loin de ce monde, nous sommes aveugles, et parfois le réveil peut être rude : très rude. Ainsi, j’ai été choqué de comprendre dernièrement que les politiciens mentaient. Oui je suis naïf je sais, mais ce que je ne savais pas c’est comment il mentait si effrontément, en vous regardant droit dans les yeux, le verbe posé soutenu par la rhétorique, et vous débitant des sornettes, ou bien pire, l’exact contraire de ce qu’il affirmait un an plus tôt, et cela sans traces de remords, doutes ou honte. Je l’ai vu, entendu, et je n’y croyais pas. Pendant bien longtemps, Oui-Oui au pays de la réalité, j’ai crû que les fous et les méchants se présentaient comme tels : comme dans les films ou les jeux. Il n’en est rien, et les masques, les rôles quotidiens, sont légions. Mais ces politiciens honteux ne représentent que la partie émergée de l’iceberg, celle que l’on voit et que l’on peut évaluer, mais alors toutes les petites tractations, les congrès secrets en arrière-plan, tout cela dessine une toile d’araignée hideuse qui recouvre le monde d’un voile sordide, à le peindre en noir et à désespérer. Là, j’ai eu la chance de croiser ma vie avec des personnes qui m’offrent, qui une oreille attentive, qui un avis, une nouvelle vision, qui un moment de plaisir et de joie, qui une nouvelle critique que je n’avais pas ou que j’avais déjà, et lorsque l’on critique à deux la même chose, on se sent déjà mieux de partager ainsi son combat, et surtout des raisons d’espérer. Il ne vaut pas laisser la noirceur s’installer en nous, le nihilisme, la misanthropie. Oui il faut regarder le monde en face, mais il faut tenir son regard, le regarder jusqu’à apercevoir les petits lueurs qui brillent au milieu de tout cette noirceur, et finalement voir briller le monde lui-même.
Victime ou maître solitaire ?
Un autre chemin tout aussi obscur, à la fois parallèle au premier tout en le croisant souvent, et celui de la victimisation à outrance. Après avoir contemplé la puissance du mal, s’y soumettre, l’accepter, renoncer à la révolte et à son libre-arbitre. N’être et ne vivre que comme une victime, se plaindre tout le temps de l’étau qui nous enserre, alors que généralement, c’est nous même qui sommes notre plus grand facteur limitant, avec nos habitudes de comportements, notre façon d’agir, et de représentations, notre façon de penser. Mais c’est si doux de ne plus avoir à être libre ! Là on rejoint l’existentialisme, le fait que l’être se construit par ses choix, en assumant sa liberté, définissant son essence après avoir commencer à exister. Et cela aussi exige de l’énergie, de la force, de la volonté, pas que dans des grands choix tragiques dont notre quotidien est démuni, non, mais bien dans les millions de petits choix que nous traversons, aux enjeux bien plus limités, comme autant de mise à l’épreuve en miniature, mais dont la somme formera notre vie, notre essence. L’envers de la victimisation, c’est le gonflement absolu de l’égo, le fait de se voir comme seule mesure du monde, prophète au milieu d’aveugle, de mouton, et de développer là-aussi une misanthropie, mais ici doublée d’une confiance en soi trop épaisse pour être intelligente. Car c’est bien là l’ultime effort : pour pouvoir faire usage du sens critique, il faut avoir confiance en soi, en soi ses capacités d’évaluation et de réflexion, mais pour ne pas s’aveugler, pour reconnaître ses erreurs, il faut aussi voir ses limites, tout en ne tombant pas dans les abîmes de la victimisation et de la dépression ! Comme Camus le disait si bien, la tempérance est la première des vertus, tempérance qui n’est pas abandon mou au milieu des hésitations et du refus de juger et choisir, mais extrême tension entre deux points opposés, ici l’auto-flagellation dépressive et l’égo sur-dimensionné !
Résumé personnel (je ne sais pas vous, mais c’est bien long tout cela)
- Erreurs (de soi, des autres)
- Détection (par le doute, le sens critique)
- Assentiment ou Remise en cause (acceptation ou révolte)
- Le tout basé sur sa confiance en soi et ses capacités, en espérant ne pas déroger à la vertu cardinale de la tempérance.
- Tout en évitant les pièges de la victimisation (dégagement de responsabilité en ne considérant que l’erreur de l’autre et la voyant comme irrécupérable) et de la dépression (en trouvant en ce monde des choses et des gens à aimer).
=> L’objectif est de triompher des erreurs pour avancer dans la vie, pas de dresser un tribunal des fautes commises.
Et voilà ! Tout cela pour vous dire qu’aujourd’hui, il fait bon peindre dans le jardin avec mon père, le soleil printanier réchauffant notre modeste confrérie de bricoleurs du dimanche, bien qu’il est vrai que pour l’instant, je ne sois qu’un petit débutant du pinceau, de la rappe et de la scie (toujours fidèle) !



Avant de me lancer dans le corps du sujet je précise deux ou trois choses : un jeu vidéo est développé – c’est à dire fabriqué – par un studio, puis le jeu vidéo est édité – ou publié – par un éditeur, qui se charge de sa commercialisation et notamment des dispositifs anti-copies, c’est à dire empêchant le joueur d’en faire une copie (que ce soit pour faire une sauvegarde du cd, la passer à un ami, ou pire, la revendre).


